Alternance: «Le plus difficile est de convaincre les familles»

De Jaeger, Jean-Marc, http://etudiant.lefigaro.fr/

Si les meilleures écoles de commerce ont développé l’alternance, il reste à convaincre les parents, qui en ont encore une mauvaise image. Voici quelques conseils pour leur faire entendre raison.

L’alternance est encore mal connue. Pourtant, elle séduit les étudiants des grandes écoles de commerce qui sont 18,5% à être apprentis selon l’enquête 2016 de la CGE (Conférence des grandes écoles). Ce qui leur permet de conjuguer formation à l’école et expérience en entreprise. «Le plus difficile est de convaincre les familles qui en ont encore une mauvaise image», note Michel Gordin, directeur du CFA de l’Essec, première grande école de commerce à l’avoir mise en place, dès 1993, ce qui avait choqué à l’époque.

● Il faut avoir une idée précise de ce qu’on veut faire: VRAI

Difficile de s’engager dans une entreprise à 20 ans. L’apprentissage exige que l’étudiant sache exactement le métier qu’il souhaite faire et le secteur d’activité dans lequel il souhaite évoluer. «Si ce n’est pas le cas, je déconseille cette formule», note Michel Gordin.

● C’est fait pour ceux qui n’aiment pas l’école: VRAI et FAUX

C’est souvent parce que les cours ne leur paraissent pas assez concrets que les étudiants optent pour l’apprentissage. Mais il faut être aussi bon scolairement. En effet, l’étudiant doit, en plus de suivre les cours, accomplir un travail, prendre des responsabilités. De plus, dans les grandes écoles de commerce, les étudiants ont tous passé le même concours.

● La scolarité est chère: FAUX

La scolarité est gratuite pour l’étudiant et celui-ci est rémunéré. C’est l’entreprise d’accueil qui règle une partie de ses frais de scolarité, l’autre partie est prise en charge par des organismes de financement de la formation professionnelle. Un avantage non négligeable quand le coût d’une année s’élève à plus de 10.000 euros.

● Il faut du piston pour trouver une entreprise: VRAI et FAUX

Les écoles qui nouent de bonnes relations avec les entreprises n’ont aucun mal à placer leurs étudiants. «Certaines sont très fidèles et reviennent chaque année», note Michel Gordin, où près de la moitié des apprentis trouvent leur entreprise grâce aux offres diffusées par l’école. «Et 20% trouvent une entreprise dans les forums entreprise, le reste par leur propre réseau, famille, anciens apprentis.»

● Les apprentis trouvent plus facilement du travail: VRAI

« 35% des apprentis sont embauchés dans l’entreprise où ils ont réalisé leur alternance. »

Habitués aux responsabilités et aguerris au monde de l’entreprise, les apprentis obtiennent plus facilement leur premier contrat. Selon l’enquête 2016 de la CGE, près de 35% des apprentis ont été embauchés dans l’entreprise dans laquelle ils ont réalisé leur apprentissage. Ils peuvent s’attendre à des rémunérations légèrement plus élevées en début de carrière. Leur implication dans des projets au long cours peut motiver les entreprises à les recruter directement après leur apprentissage. Il peut arriver qu’un apprenti obtienne un CDI (contrat à durée indéterminée) avant même la fin de son apprentissage.

● L’étudiant n’obtient pas le même diplôme: FAUX

Même si son volume de cours est allégé et que son emploi du temps s’adapte aux besoins de l’entreprise, l’apprenti se prépare au même diplôme que les autres étudiants. Il a les mêmes obligations d’assiduité et passe les mêmes examens.

● L’étudiant est moins engagé dans la vie de son école: VRAI

C’est l’un des points négatifs. Parce qu’il peut être mobilisé en entreprise plusieurs semaines d’affilée, l’apprenti dispose de moins de temps pour s’impliquer dans la vie de son école. Sa charge de travail rend difficile un engagement associatif. C’est pourquoi les grandes écoles de commerce n’autorisent l’alternance souvent qu’à partir de la deuxième année à l’école (quatrième année de formation) afin que l’étudiant puisse, lors de la première année, décompresser de ses deux années de prépa et s’investir dans la vie associative et forger un esprit de promo. Sinon, il risque d’être complètement déconnecté de la vie de l’école et de se priver d’un important réseau.

● L’étudiant peut travailler à l’étranger: FAUX

L’alternance est ouverte uniquement aux étudiants qui signent un contrat avec une entreprise française, ce qui empêche l’étudiant de partir travailler à l’étranger. Toutefois, des solutions existent pour permettre aux jeunes de partir à l’international. «Nous proposons aux étudiants concernés de partir étudier dans une université étrangère l’année qui précède la signature de leur contrat», précise Michel Gordin.