APB : «Ma mention au bac ne me sert pas à grand-chose»

Par Paul de Coustin, http://etudiant.lefigaro.fr

Comme plus de 87.000 bacheliers, Kenann, Léa, Louis et Steeve sont toujours sur liste d’attente pour des formations. Une frustration pour ces élèves qui ont pourtant réussi à avoir une mention.

Kenann est «dépité et en colère». Malgré son bac S mention très bien, il ne sait toujours pas ce qu’il fera en septembre. Après trois phases d’admission sur la plateforme Admission post-bac, l’ex-lycéen de Notre-Dame Providence, à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise), est toujours sur liste d’attente pour les formations qui l’intéressent. «J’ai postulé dans plusieurs licences à la Sorbonne, à Assas et à Nanterre. Certaines sont sélectives, d’autres non, et même après les trois phases, je suis toujours en attente», raconte le jeune homme. «J’ai le sentiment que ma mention au bac ne me sert pas à grand-chose», regrette Kenann, «frustré». «J’en veux au système qui nous demande de travailler, d’avoir de bons résultats, mais qui ne récompense pas ces efforts», résume l’élève, qui «ne s’attendait pas» à être recalé. Avec ses 16,63 de moyenne, le jeune homme bénéficie du dispositif «meilleurs bacheliers», qui offre des places aux meilleurs élèves de chaque lycée dans des filières sélectives. Il essaie donc d’intégrer Sciences Po Bordeaux par ce biais.

« Je préfère faire un service civique, dans un domaine qui m’intéresse, car cela peut m’apporter beaucoup plus de choses qu’une année universitaire où j’irais par dépit»

Léa a achevé sa terminale littéraire (L) à Oullins, dans le sud de Lyon, par une mention assez bien. Un résultat honorable, mais la jeune femme, après les trois phases d’admission sur la plateforme APB, est «refusée» à l’entrée du diplôme universitaire de technologie (DUT) de son choix, et «sur liste d’attente» pour «tous ses autres vœux». «À ma plus grande déception, je fais partie des étudiants refoulés», se résigne-t-elle. Elle nourrit désormais une rancœur contre «cette procédure APB» et le fameux «système d’algorithme qui désigne au hasard des étudiants à rentrer dans les universités». Elle regrette que «parmi ces étudiants, une bonne moitié partira de la faculté au bout de deux mois au détriment de jeunes qui étaient très intéressés par cette formation». Pour trouver un cursus l’année prochaine, Léa a d’abord compté sur la procédure complémentaire d’Admission post-bac. Elle y a été acceptée dans une licence de droit, une filière qui «n’a pas beaucoup d’intérêt» pour son projet professionnel, porté sur le domaine culturel. La jeune femme a finalement choisi de démissionner complètement de la plateforme et de repousser son entrée dans l’enseignement supérieur: «Je préfère faire un service civique, dans un domaine qui m’intéresse, car cela peut m’apporter beaucoup plus de choses qu’une année universitaire où j’irais par dépit.» Elle candidate actuellement à une mission au Musée du Louvre, à Paris.

Louis, lui, n’a pas l’intention d’abandonner son projet. Fier bachelier professionnel mention bien dans l’académie de Montpellier, le garçon regrette que ses efforts fournis «n’aient pas payé par la suite». Les formations de brevets de technicien supérieur (BTS) qu’il souhaite intégrer l’ont toutes refusé. Par sécurité, Louis a postulé à l’université, pour intégrer une licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps). Malheureusement, cette filière dite «en tension» est la plus problématique sur APB, cette année comme les précédentes. Résultat? «Je suis sur liste d’attente en Staps depuis le début.» Le jeune homme est déboussolé, et regrette que la plateforme APB le place dans une situation d’«attente insoutenable».

Staps, c’est la formation obtenue par Steeve après avoir passé son bac, en 2016. L’année suivante, il déchante: «Dans mon groupe de première année, on était 40 étudiants au début de l’année et seulement 15 sont passés en deuxième année», prouvant ainsi la mauvaise orientation de certains de ses camarades. Lui aussi a préféré se réorienter, mais se heurte à nouveau à la procédure APB. Candidat à plusieurs BTS, Steeve est sur liste d’attente pour l’ensemble de ses vœux. Comme près de 87.000 bacheliers toujours sans formation, il va passer son été à «attendre d’être fixé sur (son) sort».