Décrochage scolaire « J’ai perdu des cheveux, du poids, le sommeil »

Par Jean- Marc de Jaeger, Le Figaro Étudiant

VOS TÉMOIGNAGES – Nombreux sont les étudiants qui arrêtent d’aller en cours après quelques semaines. Les causes de déception sont multiples.

Pourquoi certains étudiants lâchent-ils leurs études en cours de route? Ennui, mauvaises conditions de travail ou simple erreur d’orientation: les raisons sont variées à l’image des témoignages.

A partir du mois de novembre, certains sont déjà déçus. C’est le cas d’Antoine, en licence d’éco-gestion: «Les premières semaines se sont déroulées correctement, mais au fur et à mesure, les matières me déplaisaient et le fait de travailler en autonomie ne me convenait pas». Il ne se rend plus en cours et compte utiliser son année, désormais libre, pour préparer le Toeic (examen d’anglais).

«Je regrette d’avoir perdu un an de ma scolarité»

Ces mêmes raisons ont poussé Adèle à abandonner ses études de droit à La Sorbonne. «Je n’étais pas préparée à tant d’autonomie en sortant du lycée. Je me suis sentie lâchée dans la nature», témoigne-t-elle. Elle a décidé de se réorienter en licence de Langues étrangères appliquées. Là non plus, la motivation n’y est pas. «Il y avait une mauvaise ambiance, les étudiants n’étaient pas très ouverts», ajoute Adèle, désormais étudiante en Sciences économiques, sociales et politiques à l’Institut catholique de Paris (ICP). «Aujourd’hui, j’aime mes études, mais je regrette quand même d’avoir perdu un an dans ma scolarité», conclut-elle.

 

«L’envie de quitter l’université est permanente»

Margot, étudiante en première année de médecine à l’université d’Angers

 

D’autres étudiants, pourtant sûrs de leur orientation et très impliqués, ne sont pourtant pas loin de céder sous leur charge de travail. Margot, en première année de médecine à l’université d’Angers, décrit une ambiance quotidienne «oppressante». Selon elle, la peur de l’échec installe un climat de compétition entre étudiants. À cela s’ajoute le manque de temps pour réviser, l’impossibilité de s’accorder le moindre loisir… «En quelques semaines, j’ai perdu beaucoup de cheveux, du poids, le sommeil, l’appétit et de l’acuité visuelle. Je continue seulement parce que ma vocation est d’être médecin», confie-t-elle.

Quand ce n’est pas une erreur d’orientation, ou le stress, c’est l’envie de se plonger dans la vie professionnelle qui conduit les étudiants à déserter les cours. Camille a abandonné son BTS Économie sociale familiale, «pas assez concret», pour réaliser un service civique à Pôle Emploi. «J’ai acquis de l’expérience auprès du public, tout ce que j’aurai dû apprendre pendant ma dernière année scolaire.» Ce décrochage lui a été bénéfique, car elle a obtenu un CDI après son service civique. «Je n’ai aucun regret d’avoir arrêté mes études», explique-t-elle.

«Orphelin, je ne pouvais pas gérer et les cours et la garde de mon frère»

Les étudiants français qui partent étudier à l’étranger ne sont pas à l’abri. Eliot a effectué sa dernière année de licence à Copenhague, dans le cadre d’un échange universitaire. Et il a profité de l’occasion pour y poursuivre en master de finance, toujours au Danemark. «Au bout de trois semaines de cours, j’en avais marre. Tout ou presque était axé sur la recherche et très peu sur l’aspect pratique», déplore-t-il. Il a finalement décidé de poursuivre son master dans une école de commerce danoise, «où l’on est vraiment écouté par les profs et où l’on peut appliquer plus concrètement ce qu’on apprend».

Divorces, décès des parents: les drames de la vie peuvent aussi être à l’origine d’une rupture scolaire. Vincent, 21 ans, est devenu le tuteur de son petit frère après le décès de ses parents. Après avoir obtenu un BTS, il commence des études de portugais. «Je pensais prendre un nouveau départ. Je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas tout conjuguer: les études, la garde de mon frère, une vie sociale, etc.», avoue-t-il. Et d’ajouter qu’il va prochainement se désinscrire de son université pour occuper un job alimentaire.

«J’ai décroché dès le collège. Maintenant, à 30 ans, je prépare un master pour devenir avocat»

Alex, étudiant à l’université d’Exeter en Angleterre.

Heureusement, il arrive que le décrochage scolaire permette de trouver la bonne voie. Samuel a intégré la très sélective double-licence droit-gestion à l’université Paris 1 qu’il a quittée à la fin du premier semestre. «J’ai vite été désenchanté. Suites à des coupes budgétaires, les TD ont été supprimés au profit de cours en amphis de 3h30 que personne n’arrive à suivre», se désole-t-il. Cette mauvaise expérience l’a amené à s’inscrire dans une université anglaise, la Queen Mary University de Londres, en passant par UCAS (l’équivalent britannique d’APB).«Maintenant, tout va bien», reconnaît Samuel. «Le système anglo-saxon est bien plus adapté aux besoins des élèves: des professeurs prestigieux, des cours qui ne dépassent pas 2h, des chargés de TD présents pour nous aider, des activités extra-scolaires très nombreuses et une entrée dans le monde du travail bien mieux assurée.»

Et une succession de décrochages n’empêche pas certains de poursuivre un parcours ambitieux. Ainsi, Alex a obtenu son brevet des collèges après une deuxième tentative et a échoué à obtenir son BEP. Son bac, il le passera en candidat libre à l’âge de 26 ans, après huit années dans l’armée, où il a trouvé la «discipline» qui lui manquait. Désormais âgé de 30 ans, il prépare un master de droit à l’université d’Exeter en Angleterre en vue de devenir avocat. «Certains diront que leur échec est la faute des autres: politiques, professeurs. Eh bien non, je suis la preuve que l’ascenseur social existe. Mais il faut savoir saisir les opportunités».