Les devoirs à la maison sont bénéfiques pour s’entraîner

Par AFP, AP, Reuters Agences, http://etudiant.lefigaro.fr

Les devoirs à la maison sont-ils bénéfiques ? Selon des chercheurs en éducation, ils sont profitables s’ils permettent à l’élève de s’entraîner et s’ils ont été faits par les élèves eux-mêmes !

Les devoirs à la maison sont-ils bénéfiques ou creusent-ils encore plus les inégalités? C’est la question se que sont posés des chercheurs en sciences de l’éducation. Leur réponse est claire: les devoirs à la maison sont bénéfiques s’ils servent à s’entraîner, et s’ils ont été réalisés par…les élèves eux-mêmes.

«Les études montrent que les devoirs à la maison remplissent trois fonctions», explique Pascal Bressoux, chercheur en sciences de l’éducation à l’université Grenoble-Alpes. «Voir des choses qu’on n’a pas eu le temps de faire en classe, entraîner l’élève à appliquer ce qu’il a appris en cours et/ou impliquer les parents dans le travail scolaire de leur enfant».

«Les élèves ont besoin d’un enseignement explicite».

Pascal Bressoux, chercheur en sciences de l’éducation à l’université Grenoble-Alpes

 

Pour lui, les devoirs «sont bénéfiques dans le cadre d’exercices d’entraînement, de réinvestissement de la leçon vue en classe, plutôt que dans des exercices de profonde réflexion» qui demandent au jeune de découvrir par lui-même de nouvelles notions. Car «les élèves ont besoin d’un enseignement explicite».

«Plus vous demandez à des collégiens de se plonger dans des choses qu’ils n’ont pas vues en classe, plus vous sollicitez le capital culturel de la famille et accroissez les inégalités sociales et culturelles», dit-il.

On n’apprend pas sans s’exercer.

Il faut absolument «distinguer exercices (d’entraînement) et devoirs», renchérit Patrick Rayou, de l’université Paris 8 et auteur de «Faire ses devoirs, enjeux cognitifs et sociaux d’une pratique ordinaire» (2010). «La plupart des théories de l’apprentissage montrent qu’on n’apprend pas sans s’exercer. Avec les maths comme avec le skate-board». Pour l’école primaire, la circulaire du 29 décembre 1956, jamais abrogée mais peu respectée, édicte «la suppression des devoirs (écrits) à la maison ou en études». Mais pas l’apprentissage des leçons.

Le «problème», selon M. Rayou, vient de «l’externalisation» de ces devoirs, réalisés à la maison et non sur «les lieux d’apprentissage, au plus près de la classe et avec l’aide des professeurs de l’élève qui connaissent les usages de la classe». Car il est primordial selon lui de «bien tendre le fil entre les intentions de l’enseignant et les adultes qui peuvent encadrer l’enfant» lors du travail après la journée d’école.

 

Une aide personnalisée à domicile, mais avec nos professeurs

Des recommandations auxquelles répond un système d’aide aux devoirs mis en place depuis 2009 par le collège Georges-Rouault, classé en zone défavorisée, dans le XIXe arrondissement de Paris. Du lundi au jeudi, de 18H30 à 19H30, les collégiens peuvent se connecter depuis chez eux à un site internet propre à l’établissement, Adell, pour poser des questions à quatre professeurs du collège sur des points mal compris de la leçon, s’entraîner à des exercices et s’entraider. «C’est comme une aide personnalisée à domicile, mais avec nos professeurs», explique Ecce, 14 ans, en classe de 3e, qui se connecte plusieurs fois par semaine depuis la 6e. «Mes parents, qui ne parlent pas français, auraient du mal à m’aider. J’ai des amis qui pourraient demander à leurs parents mais qui préfèrent Adell car l’aide est plus complète qu’une réponse ponctuelle à une question sur un exercice.»

La majorité des élèves qui se connectent sont les 6e, indique Jérémie Pelé, professeur de sciences et vie de la terre et coordinateur du dispositif. Pour lui, la «grosse plus-value» de ce dispositif, «c’est la relation de confiance qui s’établit entre l’élève, le prof et la famille», dont beaucoup sont éloignées de l’école. Une confiance qui perdure lorsque les jeunes, en grandissant, cessent de se connecter.