Mon avis sur l’Épide : «J’ai trouvé la rigueur et la discipline qui me manquaient»

Par Jean-Marc De Jaeger , http://etudiant.lefigaro.fr

VOTRE AVIS – Après un CAP Coiffure, Laëtitia, 21 ans, a arrêté sa scolarité. Elle a passé cinq mois dans l’Épide de Montry (77), un établissement à l’encadrement strict qui œuvre à la réinsertion des jeunes.

  • Ce que j’ai aimé: «L’ambiance de colonie de vacances, la rigueur militaire en plus»

Après mon CAP Coiffure, j’ai commencé un brevet professionnel. Puis j’ai lâché prise, j’ai tout arrêté. Je me suis retrouvée à ne rien faire, chez moi toute la journée. J’ai cherché du travail, mais partout où je postulais, on exigeait de l’expérience. J’en avais assez de rester inactive. J’ai donc cherché une solution sur Internet. J’ai découvert l’Épide (Établissement pour l’insertion dans l’emploi) et j’y ai postulé.

Dans un premier temps, j’avais peur de me retrouver seule. Je me suis vite rendue compte que tous les autres volontaires étaient dans le même cas. Dans ma section, nous sommes tous rapidement devenus amis. Aujourd’hui, j’ai encore des nouvelles de tout le monde. On s’organise souvent des sorties. Nous étions aussi très proches de nos tuteurs. Quand on a un problème, ils sont à notre écoute, de jour comme de nuit. Ils nous poussent tout le temps vers le haut. Ils nous aident dans toutes nos démarches, comme remplir des papiers ou faire des recherches sur internet. L’Épide m’a aidée à passer mon permis. On m’accompagnée dans toutes les étapes: leçons de conduite, passage du code, examen final… Et tout cela pour 150€.

«J’avais l’habitude de me lever à 14h. Là, il fallait être sur pied à 6h30»Laëtitia

Malgré les longues journées, le port de l’uniforme et la dimension militaire de notre encadrement, la vie au quotidien n’était pas aussi stricte qu’on le pense. J’ai connu pas mal de moments de rigolade avec mes camarades et le personnel de l’Épide. On se sent comme dans une colonie de vacances, la discipline en plus.

  • Ce que j’ai moins aimé: «Un rythme de vie soutenu et exigeant»

J’avoue qu’au début, j’hésitais tous les jours à partir. J’avais l’habitude de me réveiller à 14h. Là, il fallait se réveiller à 6h30 faire et être opérationnel à 8h. On a couru en short et en T-shirt dans le froid et sous la neige, et on n’avait pas le choix. C’était très difficile les premières semaines. De même, je trouvais parfois que l’on en faisait trop avec la Marseillaise, le marcher au pas, les cérémonies… Mais j’ai vite compris que c’était pour notre bien. Cette méthode d’encadrement m’a procuré l’ordre, la rigueur et la discipline qui me manquaient. Cela m’a habituée à une meilleure hygiène de vie: j’ai pris l’habitude de me lever tôt, de faire du sport et de bien manger.

  • Ce qui m’a surpris: «J’ai retrouvé des jeunes de mon quartier»

Chaque mois, les sections de l’Épide se relaient pour raviver la Flamme du soldat inconnu. J’ai eu l’occasion de le faire une fois. J’ai été surprise de voir que l’on bloquait la circulation autour de l’Arc de Triomphe spécialement pour nous. Par ailleurs, le premier jour, lors de l’appel, je ne m’attendais absolument pas à retrouver des jeunes de mon quartier, à Aulnay-sous-Bois (93). Comme moi, ils avaient décroché de leurs études. Comme moi, ils voulaient se remettre dans le droit chemin.

  • Ce que je fais maintenant: «J’espère ouvrir mon salon de coiffure»

«L’Épide m’a poussée dans la voie que j’avais choisie»Laëtitia

Les volontaires de l’Épide peuvent partir dès qu’ils trouvent un emploi ou une formation. Ce fut mon cas. J’en suis donc sortie en avril, au bout de cinq mois, après avoir retrouvé une formation et des boulots alimentaires. J’ai travaillé en tant que caissière à Carrefour, vendeuse chez But et agent d’entretien à l’aéroport de Roissy. J’ai tellement pris l’habitude de me lever tôt que je ne n’avais plus aucun mal à commencer ma journée de travail aux aurores.

En septembre, j’ai repris le brevet professionnel en coiffure que j’avais abandonné trois ans plus tôt. J’avais envie de me réorienter vers autre chose, mais l’Épide m’a poussée à persévérer dans la voie que j’avais choisie. C’est déconcertant de se retrouver à 21 ans au milieu de jeunes de 16 ans. Mais je suis plus déterminée que jamais. On m’a appris à ne pas abandonner. Une fois mon BP obtenu, dans deux ans, j’envisage d’ouvrir mon propre salon de coiffure.

La journée-type d’un volontaire à l’Épide

Tout le monde se réveille à 6h30. On prend son petit-déjeuner et sa douche, on enfile son uniforme et on fait son lit au carré, tout cela avant 8h. Ensuite, on se met en rang dans la cour de l’internat et on se rend au château au garde-à-vous. C’est là que l’on passe l’essentiel de notre journée. Le matin, nous avons une heure de cours pour nous remettre à niveau en français ou en maths. S’en suivent une séance de sport et le déjeuner. L’après-midi est surtout utilisée pour les activités d’insertion. On se fait accompagner dans sa recherche d’emploi, on effectue ses heures de conduite, …

Avant le dîner, les volontaires font un ménage collectif dans le centre et l’internat. Puis après le dîner, nous avons quartier libre jusque 21h. On peut jouer aux cartes, lire dans la bibliothèque. On peut aussi regarder la télé au foyer pour se tenir au courant de l’actualité. Comme nous avons peu de réseau, on peut difficilement se connecter avec nos smartphones.