Najat Vallaud-Belkacem trouve un compromis sur la sélection en master

Propos recueillis par Paul de Coustin, Le Figaro Etudiant

Un accord signé hier par les différents acteurs de l’enseignement supérieur entérine le principe de sélection à l’université. Un «droit à la poursuite des études» pour les étudiants est prévu en contrepartie.

«Ça fait dix ans qu’on attendait ça!» Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université (CPU), exulte. Mardi, au ministère de l’Éducation nationale, il a mis fin, avec les organisations syndicales et étudiantes, à de longues années de statu quo en signant un accord qui vise à instaurer une sélection à l’entrée du master.

Le texte apporte deux garanties, une plutôt destinée aux présidents d’université et l’autre aux étudiants. «Les établissements peuvent fixer des capacités d’accueil pour l’accès à la première année du deuxième cycle. L’admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l’examen du dossier du candidat», précise l’accord, qui entérine ainsi le principe de sélection. En contrepartie, «tout titulaire» d’une licence «doit se voir proposer une poursuite d’études» en master. Ce nouveau «droit à la poursuite d’études», obtenu par les organisations étudiantes, l’Unef et la Fage, implique que chaque étudiant recalé à l’entrée du master de son choix devra être accepté ailleurs. Ce sont les recteurs qui viendront à leur secours, en leur proposant un choix entre trois formations, dont l’une obligatoirement dans leur université d’origine. Ces propositions devront tenir compte de leur projet professionnel.

«C’est une vraie victoire»

«Les universités peuvent recruter les étudiants selon leur niveau pédagogique, leur projet professionnel», a indiqué Najat Vallaud-Belkacem, après la signature de l’accord, en préférant comme à son habitude le terme de recrutement à celui de sélection. La plateforme trouvermonmaster.gouv.fr listera l’offre de masters, avec descriptif de la formation et les prérequis fixés par les établissements, permettant aux étudiants de choisir leur master en connaissance de cause. Un fonds pour aider à la mobilité des étudiants qui n’auront pas obtenu le master dans leur université sera également créé.

Les différentes mesures contenues dans l’accord dévoilé hier semblent faire consensus. La CPU s’est félicitée qu’un «accord sur l’accès au master» ait été conclu. «On ne met pas une sélection en place pour mettre des étudiants de côté, mais pour qu’ils trouvent la formation qui leur convient», a précisé Jean-Loup Salzmann. Selon lui, «il y a aujourd’hui autant de places en master 1 qu’en licence», mais les flux étaient mal régulés. Les organisations étudiantes, comme l’Unef et la Fage, ont également salué l’effort de concertation et la sécurisation du diplôme de master. «Tous les étudiants en licence auront la possibilité de poursuivre dans un master», se réjouit Jimmy Losfeld, nouveau président du syndicat étudiant la Fage. «C’est une vraie victoire, car c’est un droit nouveau pour les étudiants». Il s’agira désormais de «rester vigilant» sur le respect de cet engagement.

Un engagement qui inquiète Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. S’il est ravi de pouvoir fixer des critères à l’entrée de ses formations, il estime que «les recteurs ne sont pas armés» pour réorienter les étudiants recalés, et se tourneront vers les présidents d’université. Il émet également des doutes sur la plateforme d’orientation mise en place par le ministère. «On n’est pas forcément demandeurs d’un APB bis» s’exclame-t-il, en référence à la plateforme d’orientation des bacheliers, qui soulève régulièrement les reproches.